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11 Mai 2013
Au 12 Grande Rue à Barbizon, la Maison ou vécu le peintre roumain Nicolae Grigorescu
Qui était donc ce peintre ?
Quand on visite le Musée National de Bucarest on est frappé par la qualité des toiles d’un peintre totalement inconnu en France, Nicolae Grigorescu. Pourtant, celui-ci a vécu de longues années dans notre pays, notamment à Barbizon, a connu Courbet et Millet, a fréquenté l’atelier de Charles Gleyre et fut admis à l’Ecole des Beaux-Arts à Paris. Né en 1838, soit deux ans avant Claude Monet, il ne fait pas partie de ces suiveurs des Impressionnistes, que l’on trouve dans de nombreux pays, mais de la génération même des principaux protagonistes de ce mouvement.
Le musée d'Agen conserve pas moins de treize peintures de l’artiste, dont douze faisaient partie de la collection du docteur Brocq qui fut offerte par sa veuve. Agen possède ainsi le premier ensemble français d’œuvres de Grigorescu et presque le seul (Lille a deux tableaux, le Musée Marmottan un).
Son premier voyage en France en 1862, grâce à une bourse, put rapidement le transformer en un excellent peintre. Formé dans la tradition orthodoxe des peintres d’icônes, il était l’auteur de très médiocres œuvres religieuses, qui semblent de mauvaises copies de compositions plus anciennes Très rapidement pourtant, après son arrivée à Paris, il fréquenta les peintres de l’école de Barbizon et fut littéralement fasciné par eux. Les toiles de cette époque ne cachent pas sa dette envers ses glorieux aînés
Ainsi, l’Automne à Fontainebleau rappelle les paysages de Rousseau ou de Daubigny, tandis que le Paysage aux rochers à Fontainebleau trahit l’influence de celui qui fut l’un des grands modèles de Grigorescu, Gustave Courbet. En témoigne également un Autoportrait songeur qui rappelle L’homme à la pipe de Montpellier, ou Le Gardien de Chailly dont la touche grasse et large n’est pas sans évoquer aussi l’art de Manet. Ce dernier tableau date de 1867, fort tôt donc, ce qui montre à quel point grâce à ses séjours à Barbizon, Grigorescu sut tout de suite comprendre la révolution qui se déroulait sous ses yeux.
Il est, peut-être, un peu injuste de vouloir toujours comparer Grigorescu aux peintres français qui l’ont influencé. Son style, très personnel, montre un sens de la composition et de la lumière qui en font un artiste autonome, bien loin du simple pasticheur.
Alternant les retours en Roumanie et les séjours français, il connut une période impressionniste aux alentours de 1880 comme on le voit par exemple dans un des tableaux d’Agen, Les lavandières. Des problèmes de vue le perturbèrent dans cette décennie des années 1880. Il fut traité par le docteur Brocq, celui là même dont la collection offerte à Agen comportait douze toiles, qui lui furent sans doute données par le peintre pour le remercier de ses soins et de son amitié. La plupart datent des dernières années, qui ne sont pas forcément les meilleures. Plusieurs, comme un Attelage roumain, sont exécutées dans une palette claire. Il s’agit de ce qu’on a appelé la période blanche de Grigorescu. Les tableaux de cette époque, ne sont pas mauvais, mais l’artiste semble chercher comment évoluer sans réellement y parvenir. Son art devient un peu mécanique, même s’il est encore capable de réussites mineures comme le Paysage roumain du Musée d’Agen.
Ce constat - très subjectif - ne diminue pas l’importance de celui qui est considéré comme une gloire nationale dans son pays. Son exemple fut d’ailleurs suivi par de nombreux artistes qui donnèrent naissance à une véritable école du paysage roumain. Parmi ceux-ci, l’un des plus brillants, hélas tôt disparu, fut Ion Andreescu qui vint à Barbizon avec Grigorescu. Ce dernier l’a peint dans une de ses toiles les plus remarquables également exposée à Agen Pleinement impressionniste dans la touche, ce portrait résume tout l’art de Grigorescu, sans doute le plus français des peintres roumains.
Source : Collectif, Nicolae Grigorescu (1838-1907). Itinéraires d’un peintre roumain de l’école de Barbizon à l’Impressionnisme, Editions Somogy, 2006, 112 p., 22 €, ISBN : 2-85056-986-0.
Voir aussi le site : http://www.latribunedelart.com